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En Iran, retour à une routine devenue hors de prix
Des Iraniens qui font du pédalo, boivent des cocktails dans des bars fréquentés: Téhéran retrouve un semblant de vie normale depuis le fragile cessez-le-feu mais ces petits plaisirs sont devenus un luxe.
Sur des vidéos tournées par l'AFP, de nombreux jeunes flânaient ou sirotaient un mocktail dans des bars des quartiers chics du nord de la capitale mercredi soir, veille de week-end. La plupart des femmes et serveuses ne portaient pas le voile.
Ces scènes masquent l'inflation qui explose tout comme le chômage, conséquences directes de la guerre déclenchée par Israël et les Etats-Unis fin février et du double blocus imposé désormais par l'Iran et les Etats-Unis dans le détroit d'Ormuz.
"Pour beaucoup d'entre nous, payer le loyer et même acheter de la nourriture est devenu difficile, et certains n'ont plus rien", témoigne Mahyar, 28 ans, interrogé par un journaliste de l'AFP basé à Paris.
"Seuls ceux qui possédaient des biens immobiliers, de grandes entreprises et un patrimoine important ont encore une situation normale", observe-t-il.
Son entreprise a déjà licencié près de 40% de son personnel.
Plus de 190.000 Iraniens ont déposé une demande d'allocations chômage depuis le début de la guerre, selon des chiffres donnés mercredi par le vice-ministre iranien du Travail. Et pour ceux qui travaillent, les salaires stagnent en dépit d'une inflation déjà supérieure à 45% avant la guerre, qui atteint maintenant près de 54%, d'après le Centre national des statistiques.
"Même les riches se plaignent", raconte Tonekabon, 49 ans, face à des locataires — y compris les siens — qui peinent à payer leur loyer. Dans ce contexte, "tout le monde répare ce qu'il a ou achète d'occasion".
- "Malgré tout" -
Au 28 avril, environ un litre d'huile de cuisson coûtait quatre millions de rials, un oeuf 240.000 rials, la viande de 7 à 23 millions de rials le kilogramme, pour un salaire minimum quotidien de quelque 5,5 millions de rials (3 dollars jeudi, selon des sites de suivi des changes sur le marché noir).
"Nos tables sont moins garnies", note Shahin Nampoor, étudiant de 18 ans, interrogé par l'AFP à Téhéran. "Depuis la guerre, tout est devenu dix fois plus cher, il n'y plus de prix fixe et chacun impose les siens", des cigarettes à la nourriture, rapporte le jeune homme.
"Même en temps de guerre, les prix n'augmentaient pas autant, désormais ils montent tous les jours", se désole Fatemeh, 29 ans, qui habite à Zahedan (sud-est).
Son mari est au chômage et elle passe ses journées à coudre des vêtements et faire de la broderie. Elle n'a plus les moyens d'acheter du lait infantile pour le plus jeune de ses deux enfants. Et elle repousse sans cesse depuis trois mois un rendez-vous pour aller chez le dentiste.
"Beaucoup de nos proches et voisins ne se font plus soigner parce que c'est devenu trop cher", assure-t-elle.
La vertigineuse dépréciation de la monnaie depuis la guerre de juin 2025, déjà avec les Etats-Unis et Israël, a joué un rôle clé dans les plus grandes manifestations contre le pouvoir de l'histoire récente, lancées fin décembre par des grèves de commerçants dans le célèbre bazar de Téhéran.
Des milliers de personnes ont été tuées en janvier dans la répression qui a suivi, selon des groupes de défense des droits humains.
Partout dans le pays, les bazars ont réduit leurs horaires d'ouverture tandis que le secteur du bâtiment licencie massivement, touchant en grande partie des migrants afghans.
Shervin, photographe, a lui perdu son travail en ligne et a dû payer pour la première fois son loyer en retard, la coupure d'internet imposée par les autorités pénalisant de nombreux secteurs.
Mais il veut garder le moral, profitant des parcs et cafés de la capitale: "j'essaie de voir la beauté de la vie et de continuer malgré tout".
burs-sw/san/anb/vl
F.Müller--BTB