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Colombie: l'accord de paix avec les Farc en 2016 a échoué à protéger la nature, selon l'ex-président Santos
L'accord de paix historique de 2016 en Colombie entre la guérilla des Farc et l'Etat a échoué à protéger la nature, regrette le prix Nobel et ancien président colombien (2010-2018) Juan Manuel Santos, dans un entretien lundi à l'AFP en marge d'une conférence sur les énergies propres.
Portant des mocassins aux broderies représentant selon lui la paix et la nature, M. Santos, 74 ans, participe à la première Conférence internationale sur la transition vers l'abandon des énergies fossiles, qui réunit jusqu'à mercredi près de soixante pays dans cette ville des Caraïbes colombiennes.
Le lauréat du prix Nobel de la paix, attribué pour ses efforts en faveur du processus ayant conduit au désarmement des Forces armées révolutionnaires de Colombie, met également en garde contre le "retour" de la violence dans son pays, théâtre depuis plus de six décennies d'un conflit entre forces étatiques, guérillas et narcotrafiquants qui a fait plus d'un million de morts et neuf millions de déplacés.
QUESTION : En Colombie, la déforestation a explosé juste après l'entrée en vigueur de l'accord de paix. A quoi cela est-il dû selon vous ?
REPONSE : "Le processus (de paix, ndlr) n'a pas été correctement mis en œuvre. L'un de ses objectifs, et c'est toujours le cas, était de contrôler le territoire avec les communautés pour éviter le crime organisé, qui est peut-être la principale cause de la déforestation. Celle-ci, non seulement en Colombie mais aussi au Brésil, en Equateur, au Pérou, dans tous les pays amazoniens, est principalement alimentée par le crime organisé qui utilise l'élevage et l'exploitation minière illégale comme sources de financement, ce qui encourage la déforestation".
Q : Un nouvel accord de paix devrait-il inclure des mesures contre la déforestation ?
R : "Sans aucun doute. Mais ce qui se passe, c'est que l'on conclut des accords de paix sans planification adéquate, avec des groupes qui n'ont aucun objectif politique. Si un traitement adéquat est mis en place pour éliminer les cartels de drogue et les mafias, alors bien sûr la lutte contre la déforestation doit être l'un des principaux objectifs."
Q : A un mois de la présidentielle du 31 mai, la Colombie a enregistré ce weekend l'attentat le plus meurtrier contre des civils de ces trente dernières années, avec des dizaines de morts. Craignez-vous un retour de la violence dans le pays ?
R : "Nous voyons que la violence est en train de revenir dans de nombreuses régions (du pays), en raison du manque de mise en œuvre de l'accord de paix, de l'absence d'une politique de sécurité cohérente. Les groupes criminels profitent de cette situation, s'affrontant entre eux. Cela a généré une grande partie de la violence.
Q : Quels résultats attendez-vous de la conférence de Santa Marta ?
R: "J'espère que nous pourrons effectuer une transition plus rapide et plus juste vers les énergies renouvelables. Ceux qui ont été invités ici en sont déjà convaincus, et l'objectif est que des mesures plus concrètes en ressortent pour inciter les pays" (à sortir des énergies fossiles)."
Q : Beaucoup des pays présents connaissent de grands paradoxes climatiques, comme la Colombie, grand producteur de charbon, ou le Brésil, qui a annoncé vouloir explorer le pétrole avec le Mexique en eaux profondes dans le golfe du Mexique. Dans ces conditions, est-il possible d'avancer vers la transition ?
R : "Ce sont des paradoxes qui, bien sûr, ne contribuent pas à la bonne cause. Le président (colombien Gustavo) Petro a même récemment baissé le prix de l'essence, c'est-à-dire augmenté les subventions à l'essence, alors que l'un des objectifs de cette conférence est précisément de les supprimer pour l'essence, le diesel et les combustibles fossiles.
Les dirigeants doivent cesser de prendre des décisions basées sur le court terme, sur leurs intérêts électoraux. Un leadership de long terme, même s'il implique de nombreuses décisions impopulaires, voilà ce dont le monde a besoin".
C.Kovalenko--BTB