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Espace: 22 milliards d'euros pour l'indépendance de l'Europe
Du jamais vu: l'agence spatiale européenne (ESA) a obtenu 22,1 milliards d'euros de ses Etats membres pour financer ses programmes lors des trois prochaines années, un signal fort pour l'indépendance de l'Europe dans le domaine spatial.
Le montant de ces contributions --finalisées jeudi à l'issue du conseil de l'agence au niveau ministériel à Brême (Allemagne)-- est en hausse de plus de 5 milliards d'euros par rapport à la précédente ministérielle organisée à Paris en 2022, où 16,9 milliards d'euros avaient été engagés.
Surtout, l'agence européenne a quasiment obtenu 100% des souscriptions qu'elle espérait, un niveau jamais vu auparavant.
"J'adresse mes remerciements aux pays membres, associés ou coopérants. Vous avez fait l'histoire", s'est réjoui le directeur général de l'ESA au moment de l'annonce des résultats.
L'ESA, qui fête cette année ses 50 ans d'existence, coordonne des projets spatiaux civils entre ses pays membres et travaille également régulièrement avec les instances européennes.
Ces chiffres en hausse s'inscrivent dans une tendance qui s'accélère puisque les sommes obtenues par l'ESA en 2025 représentent quasiment le double de celles qui avaient été obtenues en 2016 à Lucerne (Suisse).
En préambule de cette réunion, l'ESA espérait obtenir 22,2 milliards d'euros. Les contributions obtenues sont donc très proches de cet objectif, ce qui est rarement le cas. Les experts tablaient plutôt sur une vingtaine de milliards d'euros pour ce nouveau financement des programmes de l'agence jusqu'en 2028.
Le paysage spatial a profondément évolué ces dernières années, avec l'émergence d'entreprises privées très puissantes (SpaceX, Blue Origin) et un contexte international devenu trouble en raison de la montée des conflits ou de l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, pays majeur du spatial.
L'espace, reconnu comme domaine stratégique, concerne désormais l'économie, la sécurité, la capacité d'actions en faveur du climat et la souveraineté numérique des Etats membres.
"Toutes les crises apportent leur lot d'opportunités, et beaucoup de choses ont changé ces dernières années", a commenté M. Aschbacher.
"En premier lieu, la guerre d'agression menée par la Russie en Ukraine a montré à tous, très clairement, y compris aux populations, ce que cela voulait dire que d'être dépendant technologiquement de milliardaires. Et la résilience de souveraineté est donc décisive", a-t-il souligné.
- L'Allemagne première contributrice -
Au coeur des discussions, a notamment été adopté le programme ERS, pour +Europe Resilience from Space+, qui regroupe l'observation de la terre, la navigation et les télécommunications.
C'est un programme qui, comme d'autres, est dual par nature, c'est-à-dire que ses applications peuvent être à la fois civiles et militaires.
Son enveloppe est estimée à 1,35 milliard d'euros et son but est de renforcer la sécurité européenne.
Comme attendu, le conseil a débouché sur une montée en puissance des financements de la part de l'Allemagne, au-delà des 5 milliards d'euros, ce qui la place désormais loin devant la France qui a élevé ses souscriptions à 3,6 milliards d'euros, contre 3,2 en 2022.
"Il y a une très grosse contribution française à l'espace qui s'inscrit dans une contribution européenne, mais aussi à travers un certain nombre de programmes nationaux, en dehors de l'ESA. Au total, c'est 16 milliards d'euros qui sont aujourd'hui mis sur la table par la France, d'ici 2030, sur le spatial civil", a rappelé le ministre français de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace, Philippe Baptiste.
La France a toutefois souligné que l'ESA devait désormais travailler sur la méthode.
"On a besoin d'avoir une stratégie et puis, après, de la financer. Arrêter peut-être les sommes de projets qui viennent de partout", a estimé le ministre français, avant d'ajouter: "Il faut quelque part une gouvernance qui soit forte. Et cette bonne gouvernance, c'est évidemment l'Union européenne".
E.Schubert--BTB