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Le Nobel d'économie distingue la recherche sur les inégalités de richesses entre pays
Le prix Nobel d'économie a récompensé lundi l'Americano-turc Daron Acemoglu et les Britanno-américains Simon Johnson et James A. Robinson pour leurs recherches sur la compréhension des inégalités et des écarts de richesses entre les nations.
Les chercheurs, tous les trois basés aux Etats-Unis, ont été distingués "pour leurs études sur les institutions et la façon dont elles affectent la prospérité", a exposé le jury dans ses attendus.
"Réduire les énormes différences de revenus entre les pays est l'un des plus grands défis de notre époque. Les lauréats ont montré l'importance des institutions pour y parvenir", a déclaré Jakob Svensson, président du comité du prix en sciences économiques, cité dans un communiqué.
En examinant les différents systèmes politiques et économiques introduits par les colonisateurs européens à travers le monde, les trois hommes ont démontré le lien entre la nature des institutions politiques et la prospérité, a expliqué le jury.
"Les sociétés où l'État de droit est médiocre et où les institutions exploitent la population ne génèrent pas de croissance ni de changements positifs", a insisté le jury.
Les régimes autoritaires "auront plus de mal à obtenir des résultats durables à long terme en matière d'innovation", a souligné le lauréat Daron Acemoglu, lors d'un échange avec la presse à Stockholm, encore sous le choc de cette récompense qu'il a qualifié de "nouvelle incroyable".
Son nom revenait fréquemment dans les prévisions des experts.
M. Acemoglu, 57 ans, est spécialiste d'économie politique, de la croissance et du rôle des institutions dans les politiques de développement, notamment sur l'innovation et l'inégalités.
Titulaire d'un doctorat d'économie de la London School of Economics (LSE) obtenu en 1992, il enseigne depuis 1993 au Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Boston, dans l'est des Etats-Unis, où travaille également Simon Johnson, 61 ans.
Le troisième lauréat James A. Robinson, 64 ans, est professeur à l'université de Chicago. En 2012, il a co-écrit avec M. Acemoglu l'ouvrage "Prospérité, puissance et pauvreté : pourquoi certains pays réussissent mieux que d'autres".
Ils y insistent sur la nécessité de cadres politiques et économiques qui soient inclusifs et sur le rôle, selon eux essentiel, des institutions économiques pour assurer une croissance de long terme.
- Impact économique de l'AI -
Plus récemment, M. Acemoglu s'est intéressé à l'impact économique de l'automatisation et de l'intelligence artificielle (IA), également au coeur cette année des travaux des lauréats des Nobel de physique et de chimie.
Décernés depuis 1901, les prix Nobel distinguent les personnes qui ont œuvré pour "le bienfait de l'humanité", conformément au vœu de leur créateur, l'inventeur suédois Alfred Nobel.
Seul à ne pas avoir été prévu dans le testament d'Alfred Nobel, le prix d'économie a été créé par la Banque centrale suédoise "à la mémoire" de l'inventeur. Il s'est ajouté en 1969 aux cinq traditionnelles récompenses (médecine, physique, chimie, littérature et paix), lui valant chez ses détracteurs le sobriquet de "faux Nobel".
L'an dernier, le Nobel d'économie avait primé l'Américaine Claudia Goldin pour ses travaux sur l'évolution de la place des femmes sur le marché de l'emploi et de leurs revenus.
Récompensée pour avoir "fait progresser notre compréhension de la situation des femmes sur le marché du travail", elle est l'une des très rares femmes - trois sur 93 lauréats en 55 ans - à avoir été distinguée dans cette catégorie, après sa compatriote Elinor Ostrom (2009) et la Franco-Américaine Esther Duflo (2019).
Le millésime 2024 des célèbres récompenses n'a distingué qu'une seule femme, l'autrice sud-coréenne Han Kan, récompensée en littérature.
Il a mis en valeur les travaux sur l'IA pour les prix de physique et de chimie et le groupe japonais Nihon Hidankyo, engagé contre l'arme nucléaire, pour la paix.
Le prix de médecine a lui distingué les Américains Ambros et Ruvkun sur la régulation des gènes.
Les lauréats reçoivent un chèque de 11 millions de couronnes (920.000 euros), à partager en cas de multiples gagnants.
Y.Bouchard--BTB