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Les industriels du plastique sous pression avec la flambée du pétrole
Envolée des prix de la matière première et problèmes d'approvisionnement: dans la "vallée du plastique", au coeur du département de l'Ain, la guerre au Moyen-Orient commence à peser sur les industriels.
Dans l'usine Francia, au sud d'Oyonnax, les granulés de plastique circulent dans des tuyaux métalliques, comme un concert de bâtons de pluie, avant d'être liquéfiés puis moulés en spatules de boulangerie ou supports de cartes SIM.
L'entreprise de 75 salariés utilise plus de 200 polymères, issus du pétrole, pour produire chaque jour des centaines de milliers de pièces destinées à plusieurs secteurs: alimentaire, paramédical, automobile, etc.
"Pour certaines références, on commence à avoir des reculs de livraison, voire des ruptures de stock", relève auprès de l'AFP son président Ivan Audouard, 52 ans.
Depuis les premières frappes américano-israéliennes sur l'Iran fin février, et avec le blocage du détroit d'Ormuz, le pétrole du Moyen-Orient se fait plus rare et difficile à acheminer.
Son cours a flambé, et avec lui, celui du plastique, un de ses dérivés, raffiné puis transformé en naphta, avant de devenir de petites billes.
"La hausse a été très violente", explique Christophe Desbrosses, président de l'association des Acteurs économiques de la Plastics Vallée (AEPV) qui regroupe près de 350 entreprises et 15.000 salariés dans le Haut-Bugey.
"Sur certaines matières, les prix ont presque doublé au lendemain du début du conflit", raconte-t-il, déplorant aussi un "effet d'aubaine" chez certains fournisseurs.
"On n'a jamais vu ça, c'est de la folie", résume Simon-Pierre Auvachey, dirigeant de l'entreprise familiale Buathier, près d'Oyonnax.
Le polypropylène, un plastique très courant qu'il utilise pour fabriquer notamment des biberons ou des accessoires de parapharmacie, est passé de 1.400 à quasi 2.500 euros la tonne, témoigne-t-il.
Pour ce type de produits, où la matière première peut représenter jusqu'à 40% du prix de revient, la répercussion sur le prix de vente est parfois rédhibitoire: "À ce niveau, nos clients ne peuvent pas acheter".
Chez Francia, Ivan Audouard juge difficile, dans ce contexte, de conserver de bonnes relations avec les clients. "C'est là où c'est le plus dur, il faut renégocier les prix tout le temps."
- "Dans le brouillard" -
Les deux entreprises travaillent aussi des plastiques techniques ou issus d'un pétrole provenant d'autres régions, moins touchés par la volatilité actuelle.
Grâce à cela, "on traverse les crises en souffrant, mais on reste debout", souligne M. Auvachey, évoquant la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine qui avaient déjà fragilisé le secteur.
Plus au sud à Saint-Vulbas, dans le parc industriel de la plaine de l'Ain, Fabrice Bachelier, 55 ans, directeur général d'Utz France, est épargné pour l'instant grâce aux stocks qu'il avait constitués avant l'envolée des coûts.
Son entreprise (95 salariés) fabrique des bacs empilables. Il lui reste encore assez de matière dans ses silos pour tenir ses commandes jusqu'à l'été.
En revanche, les nouvelles commandes se font rares. "Les clients n'arrêtent pas leurs projets, mais ils les repoussent. Ils attendent que la situation redevienne normale".
Si celle-ci ne s'améliore pas, il n'aura pas la trésorerie suffisante pour remplir à nouveaux ses stocks avec du plastique à prix fort, et se contentera de commander ce que ses clients se seront engagés à payer.
"Les entreprises arrivent à gérer, mais disons qu'elles naviguent dans le brouillard", estime Christophe Desbrosses de l'AEPV.
"J'ai peur que pour certains, cette crise soit celle de trop", s'inquiète Bibiane Barbaza, responsable des affaires économiques de Polyvia, syndicat national des industriels de la plasturgie et des composites.
Et même si la guerre se terminait demain, "tout ne va pas se débloquer d'un seul coup", prévient-elle: les raffineries ou les sites pétrochimiques, lorsqu'ils n'ont pas été endommagés par des frappes, mettront plusieurs mois à redémarrer.
Par ailleurs, elle craint l'effet "papier toilette" comme au début de la crise du Covid-19, quand les clients se jetaient sur les produits dès leur mise en vente, et aggravaient les pénuries.
L.Dubois--BTB